Marc Cherest raconte...

Publié le mardi  22 février 2011
Mis à jour le mercredi  5 juin 2013 à 17h40min
par  Cherest Marc
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Mon passage dans l’administration à l’ICSN.

En 1988, G. Roussi et moi sommes partis à Shanghaï pour trois mois dans le cadre des échanges avec la Chine, et avant de partir, lors d’une conversation avec Pierre Potier, celui-ci me demanda, un peu à brûle pourpoint, de réfléchir pendant mon séjour en Chine, à ce qu’on pourrait faire pour améliorer le fonctionnement de l’ICSN. La demande était vague et avec Georges nous avons évoqué ce sujet quelquefois sans trop de conviction.

A mon retour en Juillet, j’ai repris la paillasse normalement, mais à la fin du mois, Gérard. Swierczewski est venu me chercher dans le labo et, arrivé dans son bureau, me dit ceci : »Au 1er Septembre je vais être nommé Délégué régional à Paris B, la place de sous-directeur de l’ICSN sera libre, est-ce que cela t’intéresse, P. Potier et G. Ourisson sont d’accord pour te prendre ». La surprise fut grande et la perplexité aussi. La décision devait être prise rapidement car Gérard ajouta : » G.O. est en vacances à Domme dans le Périgord, passes-le voir en partant en vacances et donnes-lui ta réponse ».

Après quelques jours de discussion avec mon entourage, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure. Je suis passé voir G.O. à Domme, je n’ai pas le souvenir d’une longue discussion, mais j’ai surtout retenu une phrase : »Sur un sujet en discussion, tu me dis franchement ce que tu penses, mais après je décide et nous appliquons ma décision ». Je crois que dans les 15 années qui ont suivi, avec lui comme avec ses successeurs, j’ai respecté loyalement et entièrement cette « recommandation ».
Cette fonction nécessite, outre quelques aptitudes dans les relations humaines, des connaissances des statuts de l’organisme, des statuts des personnels ITA et chercheurs, ainsi que quelques notions de base de la comptabilité publique. Il était maladroit, comme je l’ai fait, de confondre agent comptable avec contrôleur financier, surtout dans le mauvais sens !

Il me restait bien quelques traces de mon passage au comité national et de mes antécédents de syndicaliste, mais une mise à niveau était nécessaire. Pour cela, j’ai bénéficié de plusieurs conditions favorables. D’abord, j’étais avec un directeur (G.O.) qui connaissait toutes les arcanes de l’administration, qui avait ses entrées et son réseau. Gérard Ski m’avait prévenu, tu auras, disait-il, la chance de passer un an avec G.O., cela te fera une bonne entrée en matière. Sur place également, je bénéficiais de la présence de Monique Séverac à la gestion, qui était très compétente dans son domaine et qui a largement participé à ma formation. Enfin, sous l’impulsion de F. Kourisky, alors Directeur général du CNRS, une formation de formateurs internes fut instaurée afin de développer, par des stages internes au CNRS, parmi les chercheurs et les ITA, une meilleure connaissance de l’organisme et du système de recherche en France afin de créer ainsi un « esprit maison ou esprit d’entreprise ». Mme Nicole Robin, adjointe au délégué, m’a incité à y participer et cela m’a beaucoup apporté. Les candidats formateurs ont reçu une longue formation et ont participé à l’élaboration du contenu des futurs stages internes. Puis ce contenu a été « labellisé » par les autorités du siège (stage Connaître le CNRS pour agir). Par la suite, j’ai eu l’occasion d’animer ces stages avec deux charmantes collègues, Annie Cusimano et Nicole Abrial, qui avaient des parcours différents et complémentaires. Malheureusement, ces stages n’ont pas trouvé leur public, ils se sont vite transformés en stage de préparation aux concours administratifs.

L’informatique commençait à entrer dans les laboratoires, j’ai dû me familiariser avec cet outil pour reprendre les applications que Gérard avait déjà développées pour la gestion des personnels, mais avec Monique Séverac, il s’était également impliqué dans l’amélioration du logiciel de gestion que développait le service informatique du CNRS, l’ICSN étant le plus gros des quatre laboratoires « test ». Je n’ai jamais eu de réticence à donner une copie de notre base de données au service informatique pour faire leurs tests, réticence que j’ai cru déceler chez d’autres collègues. Par la suite, le CNRS a développé Xlab ; à ce moment là, j’étais un peu plus aguerri, ce qui m’a valu de participer au comité utilisateur, puis ensuite d’en prendre la présidence jusqu’à sa dissolution. Ces participations m’ont été utiles car elles permettent de rencontrer des membres de la Direction des finances, de l’Agence comptable, des Affaires juridiques, des gestionnaires d’autres labos, et ainsi d’affiner ma vue de l’ensemble du CNRS, mais également de « sentir » la perception des laboratoires par les services généraux du siège. J’ai pu remarquer au cours de ces 15 années passées à la direction de l’ICSN, combien les instances qui nous dirigent avaient une vue idéalisée du fonctionnement d’un laboratoire, l’exemple le plus éclatant (et le plus pénible) que j’ai vécu est certainement l’épisode sur les marchés publics qui a duré plus deux ans pour qu’une solution à peu près acceptable soit trouvée. Les services administratifs devraient être là pour d’une part faire dans les règles les actes qui leurs incombent et d’autres part être un « facilitateur » pour faire aboutir les demandes des laboratoires, malheureusement, pour nombres de chercheurs, faire une demande à l’administration est vécue non comme une démarche naturelle, mais comme un contrôle, un obstacle à franchir.

Revenons à Gif, P. Potier qui était co-directeur succède à Guy Ourisson en 1989 comme seul directeur. Souvenez-vous de l’importance du co-enzyme par rapport à l’enzyme, et bien maintenant on se passe du co-directeur ; quelles en sont les raisons, qui en est l’instigateur ? Je n’en sais rien, j’ai entendu au moins deux versions mais une troisième est peut-être la bonne ! En 1994, P.P. est nommé Directeur Général de la Recherche et de la Technologie au ministère. La question de la direction de l’ICSN se pose immédiatement, P.P. peut-il cumuler les deux postes ? Il est bien conscient de la précarité d’un tel poste et il ne souhaite pas aller, à son issue, pantoufler dans une quelconque institution, son souhait est de retrouver son poste de directeur à l’ICSN. Nommer un nouveau directeur risque donc de contrarier cette perspective, il propose donc aux autorités de nommer le sous-directeur, qui à la chance d’avoir une couleur un peu scientifique, directeur-adjoint et celui-ci fera tourner la boutique le temps nécessaire. Ainsi, il retrouvera son ancienne position et pourra dire à son ministre « Monsieur le ministre, lorsque je partirais, je serais comme le diamant qui se consume, je ne laisserais pas de cendre ! ».


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