Polonsky Judith

Publié le lundi  12 juillet 2010
Mis à jour le mercredi  19 octobre 2011 à 22h35min
par  Boivin Jean
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Judith Polonsky a travaillé, entre autres sur les terpènes, les quinones et les quassinoïdes.

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André Picot nous parle de l’ICSN, de Jacques Benveniste et de Judith Polonsky

A mon ami Jacques...
quelques souvenirs partagés ensemble

Dans la vie on fait parfois des rencontres avec des personnages d’exception. Bien entendu, l’essentiel est de ne pas louper le rendez-vous ! Avec Jacques, ce fut le cas, il y a, il faut l’avouer, un certain temps.

A l’époque, dans les années 70, j’étais thésard à l’Institut de Chimie des Substances Naturelles, haut lieu de la recherche sur les produits naturels, un laboratoire d’excellence du CNRS, blotti au creux de la splendide vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris.

J’avais, quelques années aupara­vant, quitté les austères Buttes de Romainville, où j’avais débuté ma carrière de chimiste de synthèse sur les hormones sexuelles dans le groupe Roussel-UCLAF L’ICSN, qui venait de m’accueillir, était à l’époque dirigé par deux directeurs prestigieux, Edgar Lederer et Maurice Marie Janot. Chacun avait son domaine de prédilection : Edgar Lederer se passionnait, entre autres choses, pour les pigments naturels, tels que les caroténoïdes qu’il ex­trayait de la carapace du homard. Maurice Marie Janot ; quant à lui, avec son équipe recherchait dans les végétaux des principes actifs contre le cancer. II traçait ainsi la route à son successeur Pierre Po­tier, qui plus tard découvrira deux médicaments anticancéreux majeurs, l’un dans la pervenche de Madagascar, l’autre dans l’if, un conifère commun de nos cimetières.
Jacques, quant à lui, venait en 1971 d’isoler un nouveau messager de la communication cellulaire dénommé Platelet Activating Factor (le PAF-acether), facteur qui joue un rôle fondamental dans les mécanismes de l’inflammation et de l’allergie. C’était une découverte majeure qui aurait certainement mérité le Prix Nobel de Médecine et de Physiologie... malheureusement « la Mémoire de l’eau » allait en décider autrement !
Pour confirmer la structure du PAF-acether, il fallait en faire la synthèse, d’où la démarche de Jacques auprès d’Edgar Lederer. D’emblée ce dernier accepta de confier cette synthèse à Judith Polonsky qui la réalisa, selon sa dextérité habituelle, en quelques semaines.
Le périlleux parcours de Judith Polonsky dans la résistance, lui avait appris à ignorer le risque... et plus tard en chimie, elle continuera à braver les dangers.
De là ma modeste contribution : tenter de convaincre (finalement sans succès) Judith de mieux préserver sa santé, ainsi que celle de ses collaborateurs. C’est à cette occasion que je rencontrai Jacques. Ce fut un flash immédiat : d’emblée j’eus la conviction qu’il était un chercheur hors da commun.
Dans les années 80, avec Pierre Potier, j’avais mis en place au Cnrs une école de formation Interactions Chimie/Biologie, afin de favoriser la symbiose entre ces deux disciplines, tant dans les la­boratoires publics que dans ceux de l’industrie pharmaceutique ou agroalïmentaire.
Tout naturellement, nous y avons invité Jacques, qui se surpassa comme communicant..., ce qui n’est pas peu dire !
II me reste en mémoire une table ronde qui dans le calme d’une soirée varoise fut « surdynamisée » par Jacques... Le thème était « la communication aux dilutions homéopathiques »., Le débat fut à la hauteur de la Méditerranée si proche, elle aussi en furie. Heureusement, finalement, il nous resta un point de convergence incontournable : la qualité du rosé local qui, il faut bien l’avouer, coulait à doses non homéopathiques !!

La fabuleuse aventure Science Frontières me permit de retrouver Jacques à Puy St Vincent, haut lieu de discussions enflammées entre des scientifiques passionnés et un public tout aussi enthousiaste.

Un sujet revenait régulièrement dans nos échanges : le pouvoir destructeur sur la santé de faibles doses de métaux uniquement toxiques comme le mercure, le plomb ou le cadmium... Ces métaux traces toxiques, dénommés souvent sous le vocable (en fait incorrect) de métaux lourds, intriguait beaucoup Jacques. Le temps lui manqua certainement pour approfondir les recherches qu’il entreprit sur le cadmium qui à des doses infinitésimales perturbe fortement la communication cellulaire tant hormonale qu’immunitaire, ce qui carac­térise un perturbateur endocrinien. Et que dire du mercure d’un amalgame dentaire (qui contient 1g de ce métal toxique), qui est relargué à des doses quasihoméopathiques et qui peut, chez des personnes sensibles, entraîner des troubles gravissimes en particulier au niveau du système nerveux central.

Lorsque Jacques m’expliquait pour la énième fois « que la mémoire de l’eau était la capacité de stocker de façon stable un message moléculaire et à le restituer en l’absence des molécules à l’origine de ce message p, j’avoue que ma formation de chimiste en prenait un sacré coup, mais j’ignorais tout des mystères de l’électromagnétisme.

Que tant de tes collègues t’aient injustement refusé tout dialogue scientifique, Jacques, c’est vraiment désolant et cela a certainement contribué à abréger ta vie, si intense.

Dans notre monde, parfois si cruel, c’est toujours l’éternel combat entre innovation et peur du changement. Pourtant en 1988, tu martelais dans la presse que tu n’étais ni Galilée, ni un martyr. Peu importe Jacques, tu resteras pour nous qui t’avons connu et tant apprécié, le messager de la vraie Amitié et c’est l’essentiel.

Un ami parmi tant d’autres

André Picot

Association Jacques Benveniste pour la Recherche 81 rue Aristide Briand
78130 Les Mureaux (France)

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