Maurice-Marie Janot

Publié le lundi  31 août 2009
Mis à jour le mardi  7 mai 2013 à 14h26min
par  Boivin Jean
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Biographie

(1903-1978)

6ème titulaire de la Chaire de Pharmacie galénique

Né le 3 novembre 1903 à Plombières (Vosges)

Après avoir commencé son instruction à l’école primaire de sa ville natale, Maurice Marie Janot poursuit ses études à Paris au lycée Henri IV, puis pendant deux ans au collège de Remiremont et pendant quatre ans au lycée de Vesoul. Ayant obtenu la première partie du baccalauréat, Sciences Langues, il prépare la seconde partie au lycée Saint-Louis à Paris et en 1921 il est bachelier Philosophie et Mathématiques.

Il se décide alors, à l’imitation et à l’instigation de son père, pour des études de pharmacie. Il accomplit son stage à Plombières où son père vient de s’installer après avoir exercé pendant dix ans à Paris dans son officine du boulevard Saint-Michel. Il revient alors à Paris et, en octobre 1922, s’inscrit à la faculté de pharmacie, dont il est lauréat en 1925 avec le prix de chimie analytique. Pharmacien en 1926, il continue à la faculté des sciences ses études en vue de la licence ès sciences naturelles. Avec les certificats d’études supérieures de minéralogie (1925), de botanique et de physiologie générale (1927) il obtient sa licence qu’il complétera en 1929 par le certificat de chimie biologique. Il soutiendra sa thèse de doctorat ès sciences naturelles en 1932 et, plus tard, en 1950, une thèse de doctorat en médecine.

En 1926, il est nommé interne en pharmacie des hôpitaux de Paris et sera en fonction d’abord à l’hôpital de la Pitié, puis de 1929 à 1930 à la clinique Tarnier.

C’est cette même année 1926 que commence officiellement sa carrière universitaire avec sa nomination comme assistant de la chaire de pharmacie galénique. Mais, enthousiasmé par les cours du professeur Béhal, il s’était enhardi, dès sa seconde année d’études, à lui rendre visite et à solliciter son entrée dans son laboratoire, ce que le Maître accepta. Après avoir été boursier de la Caisse Nationale des Sciences depuis 1932, il en est nommé chargé de recherches en 1937. Cette même année, le 1er novembre, il est nommé maître de conférences à la Faculté de pharmacie de Paris.

Il est alors chargé de conférences de pharmacie galénique et de morphologie et biologie végétales de 1938 à 1939, et de 1940 à 1941, aux étudiants en cours normal de scolarité et aux étudiants démobilisés ou libérés de captivité. Le 1er octobre 1941, il est installé dans la chaire de pharmacie galénique.

ŒUVRE SCIENTIFIQUE

Il est difficile de résumer dans le cadre de cette notice une œuvre si abondante et si importante ayant fait l’objet de près de 300 communications. Sa première étude, celle du sclaréol, fut le sujet de sa thèse de doctorat ès sciences, commencée à Paris et poursuivie dans le laboratoire de Ruzicka à l’Ecole Polytechnique de Zürich. La partie la plus importante des travaux de Maurice Marie Janot a d’ailleurs été consacrée à la chimie végétale, spécialement à la chimie structurale des composés naturels, surtout des alcaloïdes. Dans ce dernier domaine et avec la collaboration de R. Goutarel, il est devenu le chef d’une école très active. On compte parmi ses élèves en France 26 professeurs et maîtres de conférences dans les diverses facultés de pharmacie, de médecine et des sciences ; 2 directeurs de recherches, 11 maîtres de recherches au Centre national de la Recherche scientifique ; et à l’étranger, 12 professeurs.

Plus d’une centaine d’alcaloïdes ont été découverts et la structure de la presque totalité d’entre eux établie, en particulier par l’emploi, parmi les premiers, de la résonance magnétique nucléaire, de la spectrométrie de masse, du dichroïsme circulaire... Parmi les alcaloïdes, citons : corynanthéine, corynoxine, funtumine, ibogamine, ibolutéine, voacangine, flavopereirine, holaphyllamine, vincamajine, vincamédine, malouétine, holacurtine, mitophylline... En 1972, il a abordé l’étude des lipides de l’ovocyte du coelacanthe.

Ces travaux présentent un intérêt théorique et parfois pratique : types structuraux nouveaux (aminoglycostéroïdes), études stéréochimiques (isomères de la yohimbine, etc.) et mécanismes réactionnels (réactions acido-catalysées en série stéroïde), voies d’accès simplifiées à quelques hormones stéroïdes, etc.

On peut énumérer aussi d’autres domaines d’activité scientifique : le domaine des antibiotiques dès 1943, celui de l’hydrologie avec des travaux sur la radioactivité des eaux vosgiennes ; et celui de la physiologie végétale avec des recherches sur les substances excitant la croissance des végétaux.

DISTINCTIONS HONORIFIQUES

Membre du Conseil de l’Université de Paris de 1955 à 1970, du Conseil académique de l’Université de Paris en 1954-1955, membre du comité consultatif des Universités de 1945 à 1970, assesseur du doyen de la Faculté de pharmacie de Paris de 1958 à 1966, codirecteur de l’Institut de Chimie des substances naturelles du C.N.R.S. depuis 1955.

Secrétaire général technique de la Pharmacopée française depuis 1943. Membre du comité d’experts pour les antibiotiques en 1950. Vice-président de la commission européenne de pharmacopée et chef de la délégation française.

Lauréat de la Faculté de pharmacie, de la Faculté de médecine, de la Société chimique de France, de l’Académie de médecine (Prix Nativelle, 1942 - Prix Jansen, 1952), de l’Académie des Sciences (Prix Houzeau et médaille Berthelot, 1939 - Prix Paul-Marguerite de la Charlonie, 1946 - Prix Schützenberger, 1953). Médaille d’or Host-Madsen en 1964. Hanbury Gold Metal (1969).

Docteur honoris causa des Universités de Stockolm-Upsala, Liège, Athènes, Bruxelles.

Membre résident de la Société de pharmacie de Paris (future Académie de pharmacie en 1941). Archiviste depuis 1945. Président en 1968.

Membre du Conseil de la Société de chimie biologique de 1951 à 1956. Président en 1961.

Membre du Conseil de la Société chimique de France depuis 1949. Vice-président de 1952 à 1954 et de 1958 à 1966.

Vice-président fondateur de la Société de Technique pharmaceutique (1946).

Vice-président de la Société d’histoire de la pharmacie.

Président du Sénat de l’Université de Paris-Sud.

Elu à l’Académie Nationale de Médecine en 1956, président en 1973.

Elu à l’Académie des Sciences le 13 février 1967.

Membre de nombreuses académies et sociétés scientifiques françaises et étrangères.

Membre du Conseil supérieur d’hygiène publique de France depuis 1972.

Officier du Mérite agricole et de la Santé publique.

Chevalier de la Légion d’honneur en 1950, officier le 29 décembre 1962.

Commandeur des Palmes académiques le 14 juillet 1961.

Commandeur de l’Ordre National du Mérite le 7 décembre 1970.

Décédé en 1978

BIBLIOGRAPHIE

Collaboration à la 3° édition, 1949, du traité de Pharmacie galénique d’Albert Goris, A. Liot et André Goris, Paris, Masson, 2 vol., 2315 p.

Collaboration aux 3° et 4° édit., 1947 et 1956, du Traité de Pharmacie chimique de P. Lebeau, Paris, Masson.

Collaboration à la 3° édit. Des Notions pratiques de pharmacie d’Em. Dufau et L.-G. Toraude, Paris, Vigot, 1941.

Collaboration à « The Alkaloïds » de R. H. F. Manske et H. L. Holmes, New-York, 1953.

Mécanismes biochimiques de l’activité des antibiotiques, avec J. Keufer, Paris, Masson, 1953.

Référence : G. Dillmann. Produits et Problèmes Pharmaceutiques (1975 ?)

Source : Société d’Histoire de la Pharmacie

Election à l’Académie des Sciences

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Revue Persée

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Biographie de Maurice-Marie Janot par Pierre Potier (1995)

Maurice-Marie JANOT naît le 3 novembre 1903 à Plombières (Vosges), berceau d’une famille à laquelle appartenait déjà, quelques décennies plus tôt, un membre de l’Institut, le peintre Louis Français, de l’Académie des Beaux-Arts. Son arrière-neveu était heureux de faire admirer aux amis, à qui il faisait visiter la cité vosgienne, le buste de l’artiste qui orne l’un de ses squares.

"C’est à mon père pharmacien à Plombières, ma ville natale, que je dois mon initiation scientifique" a tenu à préciser M.-M. Janot. Après un double baccalauréat, Mathématiques - Sciences et Philosophie, obtenu en 1921, il vient à Paris poursuivre ses études à la Faculté de Pharmacie. Le cours magistral d’Auguste Béhal devait être à l’origine de sa vocation pour la chimie organique. Aussi, son diplôme de pharmacien obtenu en 1926, il entreprend dans le laboratoire de ce professeur une thèse de doctorat ès sciences sous la direction de Raymond Delaby. Parallèlement, il complète sa formation scientifique par une licence de sciences naturelles obtenue à la Sorbonne en 1927.

Son sujet de thèse porte sur la détermination de la structure du sclaréol, substance extraite de la sauge et qu’il suppose être de nature diterpénique. En ce temps où la chromatographie et les techniques d’analyses spectroscopiques n’existent pas, l’élucidation d’une structure constitue un problème ardu. Aussi, afin d’approfondir ses recherches dans les meilleures conditions, M.-M. Janot se rend à Zürich accomplir un stage, pratique plutôt rare qu’un séjour à l’étranger pour un jeune thésard de 1930 ! Là, il va se familiariser avec les méthodes et les conceptions nouvelles de la chimie des terpènes auprès de celui qui en était alors le spécialiste incontesté, Léopold Ruzicka, professeur à l’École Polytechnique Fédérale. Au cours de ce stage qui lui permet de prouver le bien-fondé de son hypothèse sur la nature du sclaréol, il réalise toute la fertilité du travail en équipe qui n’était pas une coutume courante à cette époque en France dans les laboratoires de chimie.
M.-M. Janot obtient le grade de Docteur ès-Sciences en 1932. Après avoir été interne en pharmacie des Hôpitaux de Paris, Assistant puis Maître de Conférences à la Faculté de Pharmacie de Paris, il y est promu Professeur en 1941, titulaire de la chaire de Chimie Galénique.

Afin de mieux comprendre le devenir biologique des produits naturels, objet de ses recherches, il effectue des études médicales et reçoit le titre de Docteur en Médecine en 1950. Ce goût pour l’acquisition de connaissances nouvelles et le souci de l’actualisation permanente de son savoir se manifestent tout au long de sa vie ; les habitués du "cours Horeau" se souviennent de l’avoir vu y assister pendant des années, le samedi matin, assis au premier rang de l’amphithéâtre de chimie du Collège de France.
Très cultivé, l’histoire de la chimie lui est bien connue, celle des XVIIIe et XIXe siècles tout spécialement. Ainsi, il publie en 1952 une analyse d’exposés de chimie présentés par des savants du siècle des Lumières dans l’Encyclopédie parue en 1751. Il est également l’auteur, en 1953, d’une biographie de Joseph Pelletier dont les découvertes fondamentales d’alcaloïdes, en collaboration avec Joseph Caventou, avaient brillamment illustré l’école française de pharmacie au siècle précédent.
En 1955, le Centre National de la Recherche Scientifique nomme M.-M. Janot conjointement avec le Professeur Edgar Lederer, directeur de l’Institut de Chimie des Substances Naturelles (ICSN) à Gif-sur-Yvette, dont la création venait d’être décidée. L’ouverture de l’Institut en 1960 assure au nouveau directeur et aux groupes de collaborateurs qui s’y établissent la croissance et l’épanouissement de leurs recherches dans des conditions exceptionnelles.
Pendant sa longue carrière à Paris et à Gif, M.-M. Janot se consacre principalement à la chimie des substances naturelles d’origine végétale : isolement, caractérisation, détermination de structures, synthèse. La place des alcaloïdes y est très largement prépondérante et concerne principalement les alcaloïdes indoliques, stéroïdes et ceux de la lunaire ou monnaie du pape.

A ces recherches menées en équipe, Robert Goutarel est associé dès 1938 pour une collaboration qui devait durer plus de quarante ans dans le domaine de la chimie des alcaloïdes. Après être devenu Docteur en Médecine, il va parfaire sa formation, à l’école suisse de Zürich également, chez le Professeur Vladimir Prelog. De ce stage résulte la détermination de la structure de la cinchonamine et de la corynanthéine, deux alcaloïdes qui jouent un rôle-clé dans la biogénèse de nombreuses molécules de la même famille. Ces deux composés figurent d’ailleurs parmi les exemples choisis par Sir Robert Robinson pour illustrer une conférence au cours de laquelle, en 1963, il déclare : "L’intérêt principal que les chimistes tirent maintenant de la connaissance des structures d’alcaloïdes réside dans son apport à l’étude des processus de biosynthèse dans les plantes".

Pour conclure, il faut souligner que, durant toute sa carrière, outre ses activités d’enseignement et de recherche, M.-M. Janot exerce de multiples et éminentes fonctions dans des sociétés, comités et organismes scientifiques nationaux et internationaux. Le Comité National du CNRS, la Commission des Visas du Ministère de la Santé, le Comité d’Experts pour les antibiotiques à l’Organisation mondiale de la Santé comptent parmi les instances où M.-M. Janot a longtemps travaillé …

Bibliographie

M.-M. JANOT, Titres et Travaux scientifiques, Masson, Paris, 1963.

A. HOREAU, Notice nécrologique sur M.-M. Janot, Académie des Sciences, séance du 18 Juin 1979.

P. POTIER, M.-M. JANOT, Académie Nationale de Pharmacie, séance du 8 Janvier 1992.

M.-M. JANOT, C. R. Acad. Sci., 1930, 191, 847 ; 1931,192, 845. M.-M. JANOT et L. RUZICKA, Helv. Chim. Acta, 1931,14, 645.

M.-M. JANOT, Thèse de Doctorat d’État ès-Sciences Naturelles, Université de Paris, Février 1932.

M.-M. JANOT, Quelques aspects de la chimie dans l’Encyclopédie", Annales de l’Université de Paris, 1952, 151.

M.-M. JANOT, Biographie de J. PELLETIER (1788-1842) in "Figures Pharmaceutiques Françaises" p. 54-69, Masson, Paris, 1953.

M.-M. JANOT, Pure and Applied Chemistry, 1963,6,451 ; 1963, 6, 635.
R. GOUTAREL, M.-M. JANOT, V. PRELOG et W.I. TAYLOR, Helv. Chim. Acta, 1950, 33, 150.

M.-M. JANOT, V. PRELOG et R. GOUTAREL, C. R Acad. Sci., 1951, 232, 1305 ; M.-M. JANOT, R. GOUTAREL et V. PRELOG, Helv. Chim. Acta, 1951,34, 1207.
R. ROBINSON, Pure and Applied Chemistry, 1963, 6, 60l. R. GOUTAREL, Bull. Soc. Chim., 1964, 1665 et réf. citées.

M.-M. JANOT, Q. KHUONG-HUU, X. LUSINCHI et R. GOUTAREL, Bull. Soc.
Chim., 1960, 1669.

J. LE MEN, Bull. Soc. Chim., 1960, 860 ; J. LE MEN, C. KAN et R. BEUGELMANS, Bull. Soc. Chim., 1963, 597.

M.-M. JANOT, P. POTIER, J. LE MEN et P. BLADON, Tetrahedron Letters, 1960, 18, 36 ; M.-M. JANOT, P. POTIER, J. LE MEN, P. BLADON, A.G. BROWN et C.S. WILSON, Tetrahedron Letters, 1963, 293 ; C. POUPAT, H.-P. HUSSON, B .. RODRIGUEZ, A. HUSSON, P. POTIER et M.-M. JANOT, Tetrahedron, 1972, 28, 3087.

CONFÉRENCES MAURICE-MARIE JANOT

1ère Conférence :
le 28 Octobre 1987 à l’ICSN, CNRS, Gif-sur-Yvette :
Professeur Sir John CORNFORTH (University of Sussex, Falmer, Brighton, U.K.) "My first fifty years of research"

2e Conférence :
le 6 Juillet 1988 à l’ICSN, CNRS, GIf-sur-Yvette :
Professeur Albert ESCHENMOSER
(Eidgenössische Technische Hochschule, Zürich, Suisse) "Chemistry of α-aminonitriles"

3e Conférence :
le 10 Mai 1989 à la Maison de la Chimie, Paris :
Professeur Sir Derek BARTON
(Texas A & M University, College Station, Texas, USA) "L’invention de réactions chimiques"

4e Conférence :
le 29 Mai 1990 à la Faculté de Pharmacie de Paris :
Professeur Elias J. COREY
(Harvard University, Cambridge, Massachusetts, USA) "Enantioselective synthesis. New methods and applications"

5e Conférence :
le 11 Juin 1991 à l’ICSN, CNRS, Gif-sur-Yvette :
Professeur Shosaku NUMA
(Faculty of Medicine, Kyoto University, Japan)
"Molecular insights into neurotransmitter receptors and ionic channels"

6e Conférence :
le 15 Octobre 1992 à l’ICSN, CNRS, Gif-sur-Yvette :
Professeur André TARTAR
(Faculté de Pharmacie et Institut Pasteur de Lille) "Apports de la chimie des peptides à l’immunologie"
et Professeur Armand LATTES (Université Paul Sabatier, Toulouse)
"Réactions, mise au point de synthèses de produits naturels en particulier à Gif".

Hommages

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Hommages en sa ville natale

Dernière mise à jour

mardi 24 mai 2016

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