La RMN à l’ICSN dans les années 1970, point de vue d’un thésard

Publié le vendredi  26 mars 2010
Mis à jour le mardi  15 février 2011 à 17h17min
par  Massiot
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Quand je suis arrivé à l’ICSN dans le groupe d’Henri-Philippe Husson, le premier travail qu’il m’a confié a été de classer ses spectres RMN. Pour quelles raisons, 40 ans après je me le demande encore, en tous cas, cela m’a immergé dans la RMN des stéroïdes et fait prendre conscience que la RMN avait une utilité en chimie. A l’époque, l’ICSN disposait de quatre machines, toutes fonctionnant à 60 MHz. Il y avait deux Varian A60, le haut de gamme, qu’il nous était permis de contempler à travers une vitre et où opéraient Mesdames Allais et Kornprobst, du côté autorisé aux chercheurs, il y avait un Varian T60, beaucoup plus simple d’utilisation et pour ceux qui osaient y aller, le service d’Hugh Felkin offrait l’accès à un Perkin Elmer R12. Le risque était de croiser le propriétaire des lieux, un verre de bière ou de whisky à la main (suivant l’heure de la journée) et de devoir répondre à ses questions, pas sur la RMN mais sur la chimie que vous étiez en train de faire.
Le premier spectre à haut champ que j’ai vu à l’ICSN venait des Etats-Unis où il avait été mesuré sur un Varian HR220, c’était un dérivé de lunarine, série où œuvrait Christiane Poupat à la suite de la thèse de Pierre Potier. Ce spectre était présenté comme un rouleau et je me souviens qu’il avait été étalé sur plusieurs bureaux et que l’on a cherché pendant un moment le rapport qu’il pouvait avoir avec les spectres habituels mesurés à 60 MHz. Je n’étais pas impliqué dans ce projet mais je n’allais pas tarder à voir de telles machines puisque le mari d’un des piliers du laboratoire, Stéphane Kan travaillait à quelques kilomètres à la conception d’aimants produisant des champs intenses et stables. Pour démontrer que les aimants supraconducteurs répondaient à la question, lui et son équipe avaient bâti un spectro RMN autour de l’aimant. Il fonctionnait à 240 MHz, un record pour l’époque. Ce spectro se contentait de mesurer le spectre de l’eau ou celui plus compliqué de l’éthanol, jusqu’au jour où en 1974, Christiane Kan réalisa que cet appareil pouvait nous rendre service. Ce fut le début d’une période fort exaltante où l’on découvrait une nouvelle RMN dans laquelle tous les protons d’un produit naturel de taille moyenne donnaient des signaux séparés. Inimaginable au début des années 70, routine aujourd’hui mais c’est une autre histoire…

G. Massiot (1970 -1975)


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