Cook Cyril

Publié le mardi  22 décembre 2015
Mis à jour le mardi  9 février 2016 à 14h52min
par  Boivin Jean
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The Great White North

Cyril COOK cyril.cook@ymail.com
Je me suis toujours demandé si j’allais pouvoir échapper aux mailles du filet d’Alda et au récit de la gazette, mais finalement non, puisque près de 5 ans après ma soutenance de thèse, l’ICSN m’a rattrapé. Néanmoins, en tant que lecteur assidu de la gazette et de ses récits d’anciens, c’est avec plaisir que je me lance à mon tour dans cet exercice de style : revenir en arrière sur ces dernières années, sous forme de réflexion mixée de nostalgie.
Il y a plus de 8 ans donc, en dernière année de l’École de Chimie de Rennes, je visitais l’ICSN pour y rencontrer Jean-Yves Lallemand, alors directeur, et quelques chefs d’équipe, dans l’objectif d’être retenu pour faire partie des futurs doctorants de l’institut. La visite fut fructueuse puisque je décidais d’intégrer la toute jeune équipe d’Emmanuel Roulland, faisant maintenant de la recherche sous d’autres cieux, et découvrir la synthèse totale. En octobre 2006 commença donc une longue bataille de synthèse face à l’Exiguolide, molécule naturelle extraite d’une éponge marine des eaux japonaises. Tout un programme qui m’a fait découvrir et appliquer tant de réactions vues dans les cours théoriques en master, avec généralement bien moins de succès que les livres veulent bien nous laisser croire ... Luttant en permanence avec cette molécule à synthétiser, ma vie de thésard a oscillé entre les joies des réactions quantitatives, des jolis spectres RMN et de voir les intermédiaires devenir de plus en plus complexes ; et les peines des colonnes chromatographiques interminables, des réactions ratées, et de devoir recommencer une nouvelle voie de synthèse, deux fois ... Mais grâce à la vie sociale de l’institut, et notamment les activités du CEl, ces 3 années sont passées comme un charme et j’en garde d’excellents souvenirs. Finalement, on arrive à la fin de sa thèse un peu plus vite qu’on ne le croit, et il m’a fallu l’aide du chef et de notre super post-doc de l’époque, Xavier Guinchard, pour venir à bout de l’Exiguolide, à quelques semaines de l’envoi de ma thèse.
Mais totalement absorbé par la fin de thèse toujours intense, j’avais un peu négligé ma recherche de post-doc. Mon seul contact ayant fait faux bond en cet été 2009, je me suis alors retrouvé à l’issue de ma soutenance en décembre sans stage post-doctoral, ni trop d’idées pour la suite. Ainsi me voilà de retour chez mes parents pour le début de la nouvelle année 2010. Mon objectif était simple : me transformer en robot spammeur de CV et lettres de motivation à destination de tout labo de chimie organique ayant attiré mon attention en Europe et en Amérique du Nord. Après peu de réponses, quelques demandes de bourses avec des labos qui n’aboutiront pas, et quelques entretiens sans suite pour post-docs financés ou poste de chercheur dans une petite compagnie lyonnaise, je restais toujours au chômage au début de l’été, à devoir assister à des réunions mensuelles de l’APEC où les animateurs n’avaient aucune idée de ma situation ni de mes perspectives. Inutile de préciser que le temps commençait sérieusement à se faire long, malgré les jeux olympiques de Vancouver, Roland Garros, la Coupe du Monde et mes sessions nocturnes de jeux vidéo.
C’est alors qu’un collègue de thèse de l’institut, ami et co-pensionnaire du CEl de mon année, m’a mis en contact avec un professeur de l’Université d’Ottawa à la recherche d’un stagiaire post-doc. Après envoi de mon CV et plusieurs e-mails, j’acceptais finalement une position dans le groupe du Prof. Muralee Murugesu. La chimie du groupe est plutôt orientée matériaux, chimie inorganique et complexes métalliques aux propriétés magnétiques, mais j’avais à l’époque besoin de retourner travailler dans un labo et refaire de la chimie pour rester sain d’esprit ; et comme les labos de chimie organique ne m’avaient pas souri jusqu’alors, je me suis dit que cette nouvelle expérience ne pouvait pas être mauvaise pour moi. En septembre 2010 me voilà donc parti pour le Canada, à Ottawa, initialement pour une année, avec en tête l’idée de me remettre le pied à l’étrier avec ce post-doc hors des sentiers organiques, puis d’en trouver plus tard un autre plus adapté à mon parcours. Mon projet, en collaboration avec la R&D de la Défense canadienne, consistait à synthétiser des molécules/matériaux énergétiques, riches en azote. Pour moi qui, pendant ma thèse, n’avais rencontré des azotes que dans une copule chirale et dans un amide de Weinreb intermédiaire, ça me changeait vraiment ! Mais j’avais décidé de ne voir que les bons côtés de cette aventure : nouvelle culture de la recherche, nouvelle chimie, nouvelles techniques. En plus de mon projet initial, qui a ensuite dérivé vers la synthèse de liquides ioniques énergétiques, j’ai aussi collaboré à la synthèse de ligands organiques et de quelques complexes de coordination pour des études magnétiques, le cœur de la recherche du groupe. J’ai ainsi pu (ré)apprendre la chimie de coordination, les états de spin, l’art de la cristallisation et les structures RX. Ce fut vraiment une expérience post-doctorale très enrichissante.
En marge du labo, j’ai été également charmé par Ottawa et le Canada en général. Les gens sont gentils, agréables et accueillants, et le contraste est vraiment flagrant après la région parisienne ... La nature des grands espaces, les lacs et forets, les pancakes au sirop d’érable, les pubs avec leurs burgers et bières locales, la poutine (plat local permettant de tenir l’hiver : frites, fromage fondu et sauce par-dessus, avec d’innombrables variantes) et l’hiver. .. Oui, l’hiver est charmant, malgré ses températures (très) négatives (l’amplitude des températures est assez impressionnante : de +35/+40°C l’été, empreint d’humidité, à -20/-30°C l’hiver avec le vent glacé pour Ottawa ; -40°C pour Winnipeg !). La neige recouvre tout dès Noël, et on peut aller skier sur les petits monts à 30 min de route du centre d’Ottawa. La glace s’empare de toute surface d’eau, et on peut alors faire du patin à glace en extérieur sur le canal en plein centre-ville ainsi qu’assister à des tournois de sculpture de glace. Bref, tout devient magique. Je me suis aussi immédiatement immergé dans la culture du hockey sur glace et football américain pour passer l’hiver dans les pubs avec les amis en regardant les matches. Et je suis également tombé sous le charme d’une canadienne (pour ceux qui se poseraient la question, oui, l’accent français, en parlant anglais ou français d’ailleurs, ça fait son effet !) et nous allons nous marier l’an prochain. C’est en grande partie pour cette raison que j’ai fait durer mon post-doc à Ottawa pendant 3 ans mais je ne regrette absolument pas cette décision car cela m’a permis de vivre pleinement, sur la durée, mon expérience post-doctorale en dehors du cursus de chimie organique auquel je me prédestinais.

Le Canal Rideau et le Château Laurier en arrière-plan

Mais après 3 années, je commençais à m’ennuyer un peu de la chimie du groupe et la vraie chimie organique me manquait. Je me suis alors mis à la recherche d’un poste ici au Canada. Et j’ai eu une chance incroyable d’obtenir un poste de recherche dans une petite compagnie de chimie médicinale à Winnipeg. Après avoir envoyé mon CV et une lettre de motivation en réponse à une offre d’emploi, j’ai passé des entretiens en vidéoconférence et j’ai été retenu pour le poste, malgré mon parcours atypique. J’ai évidement eu des questions à ce sujet lors des entretiens mais je pense que le fait d’avoir vécu cette expérience positivement, a permis d’ajouter une corde à mon arc, ce qui a été perçu comme un point positif et non une errance négative pénalisante. Je pense aussi qu’en Amérique du Nord, les recruteurs sont plus ouverts aux parcours atypiques qui sortent des sentiers battus. Cela fait maintenant plus d’un an que je travaille à CanAm Bioresearch à Winnipeg et je m’y sens épanoui, à faire de la chimie organique médicinale, toujours à la paillasse, synthétiser des petites molécules à visée thérapeutique contre le cancer. Cela fait aussi 4 ans que je suis au Canada et je m’y sens maintenant chez moi ; même si la France, la famille, les amis et la nourriture me manquent parfois. Mais l’aventure que je pensais pour une durée d’un an au moment de partir en post-doc, continue !
Si je devais vous laisser avec un conseil pour vous tous qui êtes en thèse à l’ICSN, ce serait de ne pas avoir peur de prendre votre chance, même si elle semble risquée à première vue, ne pas craindre de prendre un détour, être ouvert aux opportunités même si elles ne paraissent pas initialement être sur la voie directe vers votre objectif premier. La vie est pleine de surprises et toute nouvelle expérience enrichissante ouvre de nouvelles opportunités. D’ici là, profitez pleinement du cocon qu’est l’ICSN, tant du point de vue scientifique que social et relationnel.
Bon courage et bon vent à toutes et à tous !
Départ de l’ICSN : 2009


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mardi 24 mai 2016

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