Jousseaume Thierry

Publié le mardi  6 octobre 2015
Mis à jour le mardi  9 février 2016 à 14h52min
par  Boivin Jean
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« Toute volonté trouve son chemin si tant est qu’elle soit »

Thierry JOUSSEAUME tjoussea@its.jnj.com
Il faut remonter au début de mes études universitaires pour comprendre le fil directeur de mon parcours de chimiste organicien. C’est pendant les cours de chimie organique dispensés par le Professeur Eric Brown à l’IUT du Mans qu’est né mon intérêt pour cette discipline. Une fois le DUT en poche, j’ai continué mon parcours à l’université de Nantes jusqu’au Master 2 Recherche. Lors du premier jour de mon stage (effectué dans l’équipe du Professeur Jacques Lebreton), la chargée de recherche qui m’encadrait m’a fait part d’un mail du CNRS annonçant le décès de Pierre Potier, ancien directeur d’un laboratoire en région parisienne ... l ’ICSN. Je lui ai demandé qui était ce chimiste et elle me fit un rapide historique de son parcours et de ses découvertes. Après quelques recherches de mon côté, je me suis décidé à faire ma thèse à l’ICSN en raison de son prestige. Une fois mes lettres de candidature envoyées, j’ai reçu une invitation de Laurence Stephen pour une journée d’entretiens à Gif-sur-Yvette afin de rencontrer Olivier Baudoin et Catherine Guillou. Le premier m’avait accueilli dans son bureau et me confessa que la suite de sa carrière allait se faire du côté de Lyon puisque qu’il allait être promu Professeur. Je suis également allé discuter avec Catherine et elle me présenta son équipe. Je me suis tout de suite senti à l’aise et elle me proposa un sujet qu’elle voulait démarrer, un sujet de synthèse totale. Il s’agissait d’un sujet correspondant à mes attentes et après acceptation finale de ma candidature par Jean-Yves Lallemand, me voilà embarqué à faire ma thèse à l’ICSN.
J’ai donc commencé mon aventure dans la vallée de Chevreuse en octobre 2006 et mon travail allait porter sur la synthèse d’une molécule issue du monde marin, la gymnodimine. Il s’agissait d’un projet en collaboration avec un chimiste bordelais (Yannick Landais) et un biologiste giffois (Jordi Molgo). Doté d’un financement de l’ANR, le projet était ambitieux et j’étais le premier étudiant à travailler sur ce projet.
J’ai rapidement fait l’expérience des exigences et des difficultés de la synthèse totale : un pas en avant et à la première difficulté, trois pas en arrière. Je crois que j’avais complètement sous-estimé ce côté effroyable mais heureusement que je pouvais partager et communiquer mes difficultés avec Catherine mais aussi avec les étudiants de l’équipe : Christophe Labrière, qui avait commencé sa thèse en même temps que moi, Marie Varin, qui terminait sa thèse sur la synthèse de la codéine (et qui connaissait aussi très bien les affres de la synthèse totale l), ou encore Laurent Chabaud (en tant que post-doc puis chargé de recherche dans l’équipe) qui m’a beaucoup aidé sur mon sujet grâce à ses connaissances en synthèse. Mais c’est également avec mon compagnon d’aventure allemande (vide infra), Xavier Bugaut, que le tableau blanc du laboratoire a été l’empreinte de dizaines d’idées de synthèses différentes afin de trouver une solution à nos problèmes respectifs ...
Au-delà de toute considération scientifique, la particularité de l ’ICSN est la forte cohésion entre les étudiants par le biais du CEl, le Comité des Etudiants de l’Institut. Il s’agit d’une vraie force motrice pour le laboratoire et j’y ai trouvé plus que des collègues de travail puisqu’il s’agit désormais de véritables amis que je côtoie régulièrement. De plus, que de souvenirs impérissables lors des fameux barbecues de l’ICSN !!! D’autre part, la vallée de Chevreuse est un terrain de jeu idéal pour la course à pied et c’est au cours de ma thèse que j’ai découvert ce sport. Bref, à l’Institut, on y travaille sérieusement mais on sait aussi s’amuser.
Si on analyse un peu la durée d’une thèse, c’est à la fois long, surtout dans les moments difficiles, et court lorsqu’il faut se projeter vers l’avenir et décider de quoi demain sera fait. Logiquement, j’ai décidé de poursuivre mon cursus par un post-doc. Ayant le besoin d’améliorer mon niveau d’anglais, je me suis mis en quête de trouver un labo de l’autre côté de la Manche. Cependant, les premiers retours ne furent pas ceux espérés. En effet, la raréfaction des bourses ne me facilitait pas la tâche et c’est finalement vers l’Allemagne que j’ai concentré mes efforts malgré le fait que je ne parle pas un mot d’Allemand. Après quelques candidatures dans différents laboratoires, j’ai tenté ma chance à Münster dans l’équipe du Professeur Frank Glorius, avec succès puisqu’il me proposa de faire partie de son groupe. J’ai accepté bien évidement cette aventure teutonne et j’allai donc rejoindre Xavier puisqu’il venait lui aussi d’être accepté dans l’équipe pour son post-doc.
Après le soulagement d’avoir trouvé un labo de post-doc, il fallait maintenant terminer cette thèse, préparer le manuscrit et faire une soutenance digne de ce nom afin de parachever mon aventure Giffoise. Je garde un excellent souvenir de la rédaction. La bibliothèque était mon repère favori en journée mais j’aimais aussi rédiger chez moi très tôt le matin (à partir de 5/6h !) car j’y trouvais souvent beaucoup d’inspiration. Cependant, cette période d’écriture fut accompagnée de moments de stress lorsque j’ai pris conscience de l’énorme retard que j’avais à quelques jours de rendre mon manuscrit aux rapporteurs. Et c’est par une nuit blanche à l’Institut, accompagné par Christophe (pour lui, ce n’était pas la première nuit dans ces lieux !) que j’ai terminé les dernières corrections et que j’ai imprimé mon manuscrit simultanément sur plusieurs imprimantes au petit matin. J’allais aborder maintenant la dernière ligne droite et je voulais mettre un point d’orgueil à terminer ma thèse sur une bonne note, à savoir faire une soutenance où je prendrai plaisir à présenter mes résultats et simplement parler chimie organique.
Je crois que je n’oublierai jamais ce vendredi 4 décembre 2009 où, devant ma famille, mes amis ayant fait pu faire le déplacement et les personnes de l’Institut qui étaient présentes, j’ai fait ma présentation (et répondu aux nombreuses questions !) afin d’obtenir le graal, mon doctorat en chimie organique. J’y ai pris un plaisir sans nom et malgré toutes les difficultés que j’avais pu endurer pendant ces trois années, j’étais fier de mon travail et de faire partie des « anciens de l’ICSN ».
C’est pendant une période où la neige s’était décidée à couvrir la France et une bonne partie de l’Europe, que je suis parti vers l’Allemagne en ce début janvier 2010 pour mon post-doc. Avec Xavier, nous avions décidé d’arriver le même jour.
Nous sommes directement arrivés au laboratoire où nous avons été accueillis par Siavek, un étudiant du groupe, chargé de nous amener vers la résidence où nous allions loger, le Germania Campus. Il s’agissait d’une ancienne zone industrielle très récemment réhabilitée en appartements. Il y avait aussi quelques commerces et restaurants où nous pouvions manger des « Currywurst » et boire des « Große Bier ». Une fois arrivé au laboratoire, j’ai trouvé une équipe composée d’étudiants et de post-docs de différentes nationalités. Lors des premières réunions avec mon boss, Frank, j’ai tout de suite été conquis par ses méthodes de travail et ses qualités scientifiques et humaines. Il me laissait la liberté de développer mes propres idées à condition que les sujets soient en accord avec les thématiques du laboratoire et qu’ils soient ambitieux. Moi qui « rêvais » de pouvoir mettre en application mes idées, c’était le chef parfait ! Mon acclimatation à Münster s’est bien passée car les gens du labo étaient plutôt avenants et le fait de communiquer avec des personnes de différents horizons était très enrichissant. J’ai aussi compris tout le sens de la rigueur allemande et ce n’était pas pour me déplaire ! D’un point de vue scientifique, j’étais comme un poisson dans l’eau, je n’ai jamais manqué d’idées même si les premiers sujets abordés n’ont pas été ponctués de réussite. Cependant, concernant mon sujet principal, le succès est arrivé au rendez-vous au mois de juin avec des résultats très encourageants qui ont débouché sur une véritable course contre la montre afin de terminer le travail au plus vite. Au-delà de la réussite scientifique, Frank me donna dès le début l’opportunité de travailler avec des étudiants ce qui constitua ma première expérience d’encadrement. Il s’agit de quelque chose de très enrichissant et je savais que cela allait me servir pour la suite.
Nous étions déjà en décembre (je n’ai pas vu l’année passer !) et il était temps de commencer à chercher du travail. Je ne voulais pas m’éterniser en post-doc car je n’y voyais pas de finalité. Mon but étant de travailler dans le secteur privé, je me suis alors décidé à chercher de manière assez active et c’est en janvier 2011 que mes candidatures ont porté leurs fruits. En effet, j’avais décroché deux entretiens la même semaine. Le premier pour un CDI dans une CRO Alsacienne, NovAliX et le second pour un contrat de post-doc chez Syngenta en Suisse. Fort de deux offres reçues, j’ai privilégié mon retour en France d’autant que le poste proposé était intéressant. Un contrat avait été signé entre NovAliX et Janssen-Cilag afin de collaborer à leurs projets R&D sur leur site de Val-de-Reuil. Il s’agissait d’un contrat unique en son genre puis nous allions travailler directement dans leurs locaux afin d’augmenter la réactivité et l’efficacité des échanges. Il s’agit donc d’un mode de fonctionnement à l’opposé de ce que beaucoup d’entreprises font, c’est-à-dire « outsourcer » leurs activités en Asie. Après un passage de sept mois à Strasbourg à la maison mère, je suis arrivé à Rouen pour cette aventure normande. Ma mission était, de manière simplifiée, de diriger une équipe de quelques techniciens afin de développer et réaliser la synthèse de nouvelles molécules dans le domaine de l’oncologie. Nous devions fournir à Janssen les produits souhaités en respectant des critères de qualité et de quantité.
Après un peu plus de trois ans dans cette entreprise, j’ai récemment souhaité m’investir dans un autre domaine de la chimie organique qui m’attirait depuis quelques temps et qui correspondait bien à mon profil de chimiste organicien, le développement de procédés. A la fin du printemps 2014, j’ai candidaté à une offre de « Scientist Process Development » chez Janssen-Cilag à Schaffhausen en Suisse. Après l’entretien, j’ai été retenu pour le poste et c’est ainsi qu’en novembre 2014, j’ai quitté la France pour rejoindre le canton de Schaffhouse où se situent, entre autres, les magnifiques chutes du Rhin (voir photos ci-dessous). Mon acclimatation en terre Suisse et mon intégration dans l’équipe se passent très bien même si j’ai vraiment du mal à comprendre le Suisse Allemand ! En fait, je retrouve un peu la diversité culturelle de mon séjour post-doctoral puisque différentes nationalités sont représentées : Suisse (de différentes régions), Allemande, Américaine, Anglaise et Française. C’est une nouvelle aventure pour moi et ma compagne (elle va me rejoindre un peu plus tard en terre Helvète) qui débute sous les meilleurs auspices. Bref, je suis extrêmement épanoui dans mon nouveau « job » et je suis donc très content de ce tournant dans ma vie personnelle et professionnelle.

Pour conclure, je suis persuadé que mon passage à l’ICSN a été clé dans mon parcours professionnel. Il s’agit d’un laboratoire prestigieux qui permet de faciliter l’ouverture de certaines portes. Cependant, pour arriver à ses fins, il faut aussi compter sur un travail quotidien important. Un conseil pour les étudiants et post-docs qui sont sur le marché de l’emploi, soyez curieux, ouvrez-vous à d’autres domaines que votre sujet de recherche, lisez des articles scientifiques, discutez avec vos collègues, profitez de l’environnement verdoyant de Gif-sur-Yvette (pensez aussi à appliquer les principes de la chimie verte, c’est important) et vous serez ainsi mieux armés pour affronter le marché du travail ! Et n’oubliez pas que « toute volonté trouve son chemin si tant est qu’elle soit ».
Départ de l’ICSN : 2009


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