Fétizon Marcel

Publié le mardi  27 janvier 2015
Mis à jour le mardi  3 février 2015 à 14h49min
par  Boivin Jean
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Marcel, Ernest, Paul Fétizon est né le 14 décembre 1926 à Verzenay (Marne), fils de vigneron.
Le Professeur Fétizon, ancien élève de l’Ecole Polytechnique (X 1947), est décédé le 20 janvier 2015. D’un commerce toujours agréable, il laissera à tous ceux qui l’ont connu l’image d’un "honnête homme". Il savait faire partager son immense culture qui embrassait un domaine bien plus vaste que la chimie. En chimie ses centres d’intérêt allaient de la synthèse organique aux méthodes spectrales.

Oraison funèbre de ses filles en son honneur

Marcel a eu une adolescence hors du commun. Il a été ado pendant la guerre et a pu profiter d’une bourse d’étude offerte par Pétain aux enfants de paysans et de prisonniers de guerre. Du coup, comme il ne devait pas faire d’études au départ après le certificat d’études, et rester paysan, il a démarré le lycée en retard chez les Jésuites de Reims, et a fait la 6ème, 5ème et 4ème la même année. Il a continué dans le « hors du commun » en allant chercher une nuit, les 3 Américains d’une forteresse volante tombée dans les vignes, et que mon grand-père a nourri, caché et emmuré dans un grenier avec son copain Henri Daye, pour les protéger des recherches des Allemands. Bien après, il a pu retrouver les Américains au moment du cinquantenaire de la Libération. Ensuite, il a encore fait dans le « hors norme » en allant en vélo de Reims à Versailles, pour s’inscrire en Maths Sup à Ste Geneviève, au moment de l’arrivée des chars Leclerc à la Libération ; le voyage lui a pris 8 jours à vélo, pour 150km…. Grâce à son travail scolaire, de paysan, il est devenu Polytechnicien. Enfin, il a servi à 17 ans d’interprète aux Américains venus dans son village à la Libération, d’où son aisance avec cette langue.
Sa vie d’adulte ne pouvait être qu’extraordinaire ! Il a eu 3 jobs : professeur de chimie à Polytechnique, et à la Fac d’Orsay, et en même temps, chercheur chez Synarome. Non seulement il a enseigné à des générations d’étudiants, mais il a démarré la recherche en chimie organique à Polytechnique, et a permis, avec l’équipe de Synarome, le début de la fabrication de parfums de synthèse. Il a beaucoup aimé les femmes et en a épousé 3. Il a aussi fait plein de voyages tous les ans, surtout en Asie : son premier voyage au Japon, en 1961 ou 62 l’a beaucoup marqué, car il y a découvert un mode de vie incroyable, directement chez l’habitant.
Alors, bien sûr, pour nous, ses 5 enfants, c’était pas un homme du quotidien…Il partait tôt, et rentrait tard de son travail. Tous les Dimanches, on allait Musée du Louvre, et pour les vacances, il nous confiait aux grands parents, quand nous étions petites ; et plus tard, pour les vacances prises en commun, en hiver, c’était ski de fond pour lui, et ski alpin pour nous, et en été, préparation de ses cours, et de son célèbre menu de vacances, au choix « Jambon aux nouilles » ou « Nouilles aux jambon ». C’était pourtant un gourmet et un super cuisinier, qui nous a fait attendre 25 ans sa recette de bouchées à la reine.
Vieillir a été pour lui un lent naufrage, et la perte de tout ce qui comptait pour lui : il y a eu le dernier cours à Polytechnique à 65 ans, puis le dernier cours à la Fac, après qu’on lui ait supprimé secrétaire, bureau et téléphone ; il y a eu le dernier livre qu’il a écrit sur la chimie ; il y a eu le dernier appartement, forcément plus petit que la maison familiale ; et puis, il y a eu le besoin d’aide de plus en plus intense, pour les courses, pour marcher, pour se préparer ; et enfin, la maison de retraite, la perte de son autonomie, le fauteuil roulant et l’attente permanente devant la télé, tout en restant entouré, avec des sorties hebdomadaires à Montsouris, ou dans les restos du 14ème, pizza ou japonais, et des discussions politiques, sur les faits de la semaine.
Une amie attentive m’a demandé ce qu’il nous avait apporté. Je dirais : la vie des autres, à travers ses voyages et ses centaines de photos ; la découverte de l’art japonais et océanique, avec les objets qu’il avait acheté au hasard de ses séjours ; les bandes dessinées, dès 1960, avec Lucky Lucke , Astérix et Achille Talon ; il nous avait d’ailleurs abonnées à Pilote, que nous recevions le Samedi, avant la parution en kiosque, ce qui nous permettait de frimer au lycée .Et il a fait pour moi une chose unique, qui reste un super souvenir : m’offrir pour mes 10 ans un appareil photo Olympus préréglé et compact, d’un genre qui n’existait absolument pas en Europe à l’époque. Ce qui m’a permis de découvrir à mon tour un autre monde.
Sa mort nous a rappelé, avec beaucoup de peine, celle de Mamy : elle avait énormément compté pour nous toutes, pour Marianne et pour moi. Et dans son grand âge, Papa s’était mis à lui ressembler physiquement…Je le lui ai dit ce dernier Dimanche 18 Janvier, et il m’a répondu : « tu crois ? ».

(merci à Brigitte Fétizon)

Etudes, diplômes, carrière :

Faculté des Sciences de Paris
Docteur ès-sciences
Ancien élève de l’Ecole Polytechnique
Attaché de recherches (1950)
Chargé de recherches CNRS (1950-1956)
Maitre de conférences (1956), Professeur à l’Ecole polytechnique (1970-1991)
Maitre de conférences (1963) puis Professeur (1967-) à la faculté des sciences de l’université Paris-Sud Orsay
Officier de l’ordre national du mérite
Officier des Palmes Académiques
Lauréat de l’Institut

Son passage à l’ICSN

De 1963 à 1967 Marcel Fétizon a dirigé une équipe à l’ICSN. Ses travaux ont porté principalement sur la synthèse organique, la stéréochimie et la spectrométrie IR, RMN, Raman, dichroïsme et tout particulièrement la spectrométrie de masse avec Henri Audier. Ensuite, Marcel Fétizon a été Professeur à la faculté des Sciences d’Orsay et à l’Ecole Polytechnique.


Dernière mise à jour

mardi 24 mai 2016

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