Marazano Christian

Publié le jeudi  3 septembre 2009
Mis à jour le mercredi  19 octobre 2011 à 22h36min
par  Boivin Jean
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12 novembre 2008
Décès de Christian Marazano, directeur de recherche au CNRS

Christian Marazano nous a quittés le 12 novembre 2008 à l’âge de 60 ans. Il était entré au CNRS en 1975, à l’Institut de Chimie des Substances Naturelles (ICSN), pour y préparer une thèse sous la direction du docteur Bhupesh Das. A cette époque, les parcours des jeunes chercheurs étaient assez différents de ce qu’ils sont aujourd’hui et avant sa thèse (d’Etat !), Christian avait déjà dans la poche une thèse de troisième cycle, obtenue à l’ICSN, et effectué un premier stage postdoctoral dans le service du professeur Comar, au Service Hospitalier Frédéric Joliot. Il s’agissait de chimie rapide du carbone-11 et les résultats qu’il y a obtenus figurent toujours parmi ses articles les plus cités.

Christian était un homme de convictions et il se les est forgées dès la thèse d’état où il a fait connaissance avec quelques sujets qui l’ont accompagné toute sa vie. Il s’agissait d’effectuer la synthèse totale de la catharanthine, un alcaloïde de la pervenche dont Pierre Potier venait de démontrer l’importance dans la biosynthèse des alcaloïdes doubles. L’alcaloïde en question était considéré comme rare à l’époque mais B. Das et C. Marazano (auxquels il convient d’ajouter Jean Louis Fourrey pour sa contribution à la méthode) avaient décidé de s’y attaquer par les voies naturelles, c’est-à-dire via la secodine, alcaloïde notoirement instable et dont l’existence fugace faisait partie des postulats de la biosynthèse. Six années auront été nécessaires pour dompter la voie mais il en est résulté une expérience qui allait marquer toute la suite de sa carrière : le biomimétisme, mariage de l’eau et du feu des chimies des amino-aldéhydes et des dihydropyridines, la réaction de Diels et Alder, tout y était. A l’ICSN, Christian avait appris à travailler l’azote. Sentant qu’il manquait quelque chose à sa panoplie, il est parti passer trois ans chez le professeur Marc Julia, au Laboratoire de chimie de l’Ecole Normale Supérieure où le « patron » avait la réputation d’être dur avec les étudiants et les postdocs. Chez Marc Julia, on faisait aussi dans le biomimétisme : la prénylation des oléfines par des sels de sulfonium, réaction que Christian allait réutiliser 25 ans après dans un hommage au maître lors de synthèses d’acylphloroglucinols prénylés. Les quinze premières années de recherche à l’ICSN l’ont vu peaufiner ses armes avant de s’attaquer à des cibles plus ambitieuses qui ont essentiellement consisté en la domestication des dihydro- et tétrahydro-pyridines avec un usage particulièrement astucieux de sels de pyridinium asymétriques. Cette période a vu la synthèse d’un certain nombre d’alcaloïdes comme la cyclostelletamine, un produit naturel marin précurseur des manzamines et aussi des choses plus simples comme l’anatabine et la coniine, sous la forme chirale bien entendu. Ces résultats lui valent une première reconnaissance : une promotion au grade de directeur de recherche (DR2) et la constitution d’une équipe à l’ICSN en 1994. A partir de là, les objectifs se font plus ambitieux, les manzamines sont dans le collimateur et en 1998, l’équipe publie au JACS son fameux article qui expose une voie de biosynthèse possible et qui sera remarqué un peu plus tard par Sir Jack Baldwin. Tout comme Baldwin, Christian Marazano avait remarqué les symétries cachées de la molécule dont il imaginait l’assemblage à partir de quatre fragments hautement fonctionnalisés. A cet objectif omniprésent pendant plus de dix ans, s’étaient ajoutés dernièrement les acylphloroglucinols, une classe de polykétides montrant un ensemble d’activités biologiques dont l’étude mériterait d’être approfondie. Pour toutes ces réalisations, Christian Marazano venait d’être promu à la première classe des directeurs de recherche.

Ces résultats sont le fruit d’une grande persévérance alimentée par sa curiosité scientifique et son grand intérêt pour la chimie des produits naturels. A cela s’ajoutait un désir opiniâtre de tracer sa propre voie en dehors des chemins balisés. Christian Marazano était un homme d’engagement, politique, syndical mais aussi scientifique et d’une grande disponibilité. Dernièrement, ses convictions l’avaient amené à la présidence d’une section du Comité National avec un objectif dont il ne se cachait pas : défendre la chimie organique et les substances naturelles. Gageons que le flambeau soit repris.

Georges Massiot, directeur scientifique adjoint de l’institut de Chimie.


Adieu Mara.

Christian Marazano est décédé au matin du 12 novembre 2008, des suites d’un accident vasculaire cérébral brutal. Avec sa disparition, c’est tout l’ICSN, la Chimie au CNRS et la communauté des chimistes français qui sont en deuil.

Christian Marazano avait consacré l’essentiel de ses travaux, à la synthèse biomimétique de composés de la famille des alcaloïdes en particulier les manzamines, molécules isolées d’éponges. Sa stratégie de recherche était basée sur une compréhension très approfondie des mécanismes de la biosynthèse chez les organismes vivants. Il avait élaboré une théorie concernant la biogenèse des manzamines qui l’avait opposé à Sir J. Baldwin, dans laquelle l’acrolèine, unité à trois carbones, était remplacée par le malonaldéhyde incorporée avec des aminoaldéhydes à longue chaîne. Ce changement, qui lui avait permis d’envisager les aminopentadiènals comme intermédiaires clés dans la formation de ces alcaloïdes, lui avait valu ensuite la reconnaissance de Sir J. Baldwin.
Dans ce cadre, il avait d’abord redonné ses lettres de noblesse à la réaction de Zincke, datant du tout début du XXe siècle, qu’il avait élégamment modifiée pour accéder à des sels de bispyridiniums macrocycliques, intermédiaires très probables de la biosynthèse des manzamines. La théorie unitaire qu’il avait ainsi proposée concernant l’origine de ces alcaloïdes très complexes, s’était vue renforcée dernièrement par des résultats expérimentaux spectaculaires.
Récemment nommé Président de la Commission 16 du Comité National, Christian était une figure de la Chimie française, reconnu aussi pour son charisme, son humanité, sa bonne humeur mais aussi ses convictions qu’il défendait avec ardeur.

Bernard Delpech, Jean-Yves Lallemand

site CNRS


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