Jean-Louis Leroy

Publié le lundi  10 septembre 2012

par  Boivin Jean
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HOMMAGES À JEAN-LOUIS LEROY

Jean-Louis Leroy, un ami !
Quand Jean-Louis est entré dans mon bureau en 2001 pour voir si on pouvait faire un bout de chemin ensemble, je le
connaissais depuis longtemps, à travers les si beaux résultats qui avaient ponctué sa vie scientifique jusque-là (la mesure de la
vitesse d’échange des protons dans les acides nucléiques, qui permit d’en comprendre le mécanisme, le développement de la
méthode JR, l’invention du motif I dans l’ADN). Je me rappelais la rigueur bourrue de ses conférences. Je n’avais donc eu aucun doute sur sa science, un peu plus de questions sur son implantation dans l’équipe après tant d’années passées à l’École
Polytechnique. Que c’était mal le connaître.
Ses recherches enthousiastes, originales et productives, l’attention qu’il portait à chacun, son désir constant de
transmettre ce qu’il savait et ce qu’il aimait lui ont immédiatement donné un rôle central dans l’équipe. Mais ce savoir et cet
amour dépassaient tellement la science. On pouvait parler de tout avec lui : de voyages, de courses dans l’Oisans et les Ecrins,
de ballades à vélo (dans lesquelles il entrainait les étudiant(e)s pour leur faire découvrir son Paris), de péchés gourmands,
d’histoire, d’art. Mais toujours avec humour : quel plaisir d’avoir un jour découvert la première dame de France rhabillée de la
comparaison avec les tableaux des maîtres.
Si un mot devait le décrire, ce serait la passion, en tout et pour tous !
Chacun a en tête une anecdote, un souvenir, un bon mot échangé. Aucun ne le résume, tous amènent le sourire et la
bonne humeur. Pour ma part, celui qui me revient au moment d’écrire ces lignes, c’est un samedi matin de journées portes
ouvertes. Jean-Louis aux manettes, un gamin un peu moins sage que les autres, faisant des ombres chinoises sur l’écran où
défilait la science, une maîtresse excédée présentant ses excuses ! Et l’après-midi, toute l’après-midi qui suivit, le même
gamin, passionné, enthousiaste, revenu partager la chaleureuse passion de Jean-Louis !
Après sa retraite, il a souhaité rester au laboratoire et redémarrer un nouveau volet de recherche, la formation des fils
de motif I. Sa dernière publication leur est consacrée. Il a fallu inventer un statut pour celui qui ne voulait pas déjà arrêter :
benevole chercheur. L’analyste de l’administration, se penchant sur cette faute d’orthographe, aura donc bien compris que ces
dernières années tu les as, de fait, bien volées, au bénéfice de la science et au notre.
Jean-Louis, tu ne te l’es jamais mis dans la courbure ! Merci. Ces dernières années, tu m’as aidé à garder en tête les
raisons qui m’ont fait choisir ce métier et à continuer à y trouver du plaisir et y maintenir de l’honnêteté.
Salut, camarade !

Éric Guittet

Jean-Louis LEROY, un homme de coeur, nous a quittés.
Au milieu du mois d’août nous parvenait la très triste nouvelle de la disparition accidentelle de Jean-Louis Leroy. Au
moment d’écrire ces lignes, je m’aperçois que je connaissais finalement assez peu Jean-Louis que j’ai pourtant côtoyé depuis
presque trente ans. Sous son aspect un peu bourru, discret et toujours affairé, se cachait cependant un être passionné et
généreux :
Passionné d’abord par sa recherche sur l’étude par RMN des différentes structures particulières présentes dans l’ADN
et les ARN’s, et sur leur formation et leur dynamique. Formé à la rigueur scientifique par Maurice Guéron à l’Ecole
Polytechnique, Jean-Louis était respecté par les plus grands du domaine pour une oeuvre scientifique considérable par sa
précision et l’importance des découvertes réalisées. Au cours des dernières années il avait mis en évidence l’existence de « imotifs
 », où quatre brins d’ADN sont entrelacés et dont la dynamique étrange relègue les triples hélices et les télomères au
rang de banalités. Avec le départ prématuré de Jean-Louis, nous perdons un expert exceptionnel qui faisait tout lui même, de la
conception et la préparation méticuleuse d’échantillons très délicats jusqu’à l’enregistrement, souvent sur son « spectro
customisé », et l’interprétation de données très complexes.
Passionné aussi pour bien d’autres choses : voyages et surtout tout ce qui touchait à l’art, en particulier la peinture. Il
n’en parlait pas spontanément, ce n’était pas son caractère de se mettre en avant. Mais au détour d’une conversation alors que
je revenais de Madrid et de Tolède, il me demandait si j’avais vu tel ou tel tableau, dans quel musée, me conseillant d’aller à
Amsterdam voir… On y serait presque allé ensemble sur le champ. Je découvrais en lui un érudit que je ne soupçonnais pas.
Généreux envers les autres : il a apporté énormément à l’ICSN, toujours prêt à aider ou conseiller ceux qui
s’aventuraient dans la chimie difficile de l’ADN et/ou des ARN’s. Très gros travailleur, il savait se rendre disponible pour les
autres, ne comptait pas son temps et n’attendait rien en échange.
Un mauvais caillou a arrêté la course de son vélo fin juillet et Jean-Louis a été gravement blessé et plongé dans un
coma dont il n’a pu se réveiller. Nous n’entendrons plus sa grosse voix grave et forte, si particulière et sympathique. Avec lui
disparaît un excellent scientifique, un érudit et un homme de coeur dont l’ICSN se souviendra.

Jean-Yves Lallemand


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