Les origines du CNRS à Gif-sur-Yvette

Publié le lundi  31 août 2009
Mis à jour le mardi  1er juillet 2014 à 15h12min
par  Boivin Jean
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En 1754, Claude Mérault, lieutenant du roi, seigneur de Gif et de Frileuse, entreprend la construction d’un château pour remplacer son ancienne maison seigneuriale. De 1756 à 1771, Pierre Desmaisons, architecte du roi, agrandit l’édifice, en ajoutant deux ailes au corps central, tandis que le paysagiste Pillet est chargé de dessiner le parc, d’inspiration Le Nôtre. Le décor intérieur de la bâtisse comprend des boiseries, des glaces, des chambres confortables et des salons élégants. En 1771, Pierre-Charles Débonnaire, baron de Forges, procureur au Grand Conseil, devient l’héritier des vicomtés de Gif et de Châteaufort. Après son décès, en 1788, sa famille reste au château durant la Révolution. Ultérieurement, la propriété, d’une superficie de 67 hectares, change plusieurs fois de propriétaires. Édouard Noëtzlin, directeur de la Banque de Paris et des Pays-Bas l’achète en 1912. Il la fait agrandir, aménageant le parc et les communs. Il mène une vie peu mondaine, à l’écart du salon de Juliette Adam et de L’Ermitage d’Arthur Raffalovitch. Jacques Noëtzlin, fils d’Édouard, ne désire pas conserver la lourde charge du domaine. En 1946, il le vend pour 12 millions de francs au CNRS. L’État s’engage alors à entretenir le château, le parc, les jardins, à ne construire les bâtiments que sur les terres de culture et à embaucher une partie du personnel dévoué au service de la famille. Aujourd’hui encore, le CNRS reçoit ses hôtes et organise des conférences au château. Depuis 1991, le parc est classé Refuge pour les oiseaux, en accord avec la Ligue de protection des oiseaux. La faune et la flore y sont ainsi protégées.

En 1657, Pierre III de Merault achète les terres sises à Gif sur le domaine de Button, propriété initiale de la famille Villetain, Seigneurs de Gif depuis trois siècles. Puis de gendre en gendre, celle de Michel Lucas, Seigneur de Saclay qui, endetté, doit vendre le domaine.

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Le parc est dessiné par Pillet, admirateur de le Nôtre.

Crédits photo : Archives minicipales de Gif-sur-Yvette

Pierre III de Merault, anobli par achats de fiefs nobles et de charges de magistrature, est Seigneur de Gif, d’Orgement, de Moulon, de la Folie-Rigault, de la Folie-Jaudoi et autres fiefs partant du plateau de Gometz, coulant vers la vallée, remontant sur Villiers le Bâcle, Saclay, Toussus le Noble, vers Paris jusqu’à Sèvres puisque l’actuelle Manufacture de Sèvres est construite sur une terre des Seigneurs de Gif. Il a le titre de Vicomte de Gif hérédital de Châteaufort.

Le domaine, ceint de murs, aurait couru au sud, au-dessus du bras mort de la Mérantaise et à mi-hauteur, entre les jardins de l’actuelle rue Amodru et l’Yvette ; à l’ouest au niveau de l’actuelle avenue de la Terrasse (qui était le chemin de Button) puis au nord, vers Belle-Image ; vers l’est, il se trouvait augmenté de 10 à 15 hectares. Le domaine et la propriété représentaient environ 100 hectares de vignes, de bois, aulnaies, taillis, prés, champs, un four, un pressoir, un ou deux moulins (tous banaux). Le Seigneur avait droit de basse et moyenne justice plus le droit de "mets de mariage" (l’épousée lui apportant les meilleurs mets servis lors du repas de noce).

Le chemin de Button était la seule route conduisant vers Saclay, Châteaufort, Versailles. Bien que propriété des différents Seigneurs de Gif, chacun pouvait l’emprunter.

La propriété comprenait : un grand logis situé sans doute vers l’actuelle balustrade ; devant, la "basse-cour" c’est-à-dire une grande cour bordée par des bâtiments nécessaires au service du grand logis et à l’exploitation des terres, du logement du fermier situé près de la porte de la cour et la chapelle. En face, un parterre, puis un potager, un petit jardin derrière l’église du bourg et un autre derrière la chapelle du domaine (le long de l’actuelle rue Neuve) et le parc constitué de vignes, taillis et terres labourables.

À cette époque, Gif comptait environ 900 âmes, artisans, cultivateurs et commerçants, tous redevables en taille, chapons, poules et autres corvées. Quatre chemins conduisaient vers Chevreuse, Palaiseau, Limours et Versailles. Le bourg était clos de murs.

Le petit-fils de Pierre de Merault, Claude de Merault, hérite du domaine de Gif en 1754. Il décide alors de construire un château digne de sa position et de ses fonctions : Lieutenant du Roy (Louis XV), au gouvernement du comté de Bourgogne, il avait tous les pouvoirs militaires en l’absence du gouverneur dans cette contrée appelée Franche-Comté, conquête majeure de Louis XIV et de ses fameux dragons.

Claude de Merault vient d’acquérir la terre de Frileuse la Rouge, opulente, portant un grand logis, des communs, un bel accès magnifiquement ordonnancé, un fruitier traité à la Française, un potager. Cette acquisition lui coûte fort cher mais il estime devoir à son rang et à son agrément de posséder un château. Il confie à Pierre Desmaisons, architecte du roi, d’en dessiner les plans. Pierre Desmaisons, membre de l’Académie, sera anobli en 1769 avec le titre de baron. Il s’honorera de la réfection du Palais de Justice de Paris après son incendie. Il est l’auteur de la superbe grille qui en ferme la cour encore de nos jours. Le portail de l’église des Théatins, 26 rue de Lille à Paris, est également son oeuvre.

De part et d’autre du château de longs parterres adoucis d’arabesques ou "broderies" encadrent une allée centrale interrompue de pelouses ovales. Des cheminements en étoile varient la rigueur du grand axe. Une longue pièce d’eau prend place au niveau du grand parterre de l’ancien logis. Cette imposante perspective descend vers l’actuelle terrasse construite au XIX siècle. Côté Belle-Image, on aménage une autre perspective plus simple mais raffinée encadrant un imposant rectangle planté d’arbres. Il se situerait maintenant côté église et rue Neuve.

Parc et château attendront 1771 pour être achevés : Claude de Merault, endetté, meurt en 1757. Ce sera Charles-Louis Débonnaire, cousin au huitième degré, qui disposera du château et en continuera la construction.

En 1946, le CNRS cherche un emplacement pour installer des laboratoires de recherche, au calme, pas trop éloigné de Paris et bénéficiant de moyens de transport pratiques. Gif semblait le lieu idéal. Frédéric Joliot-Curie, alors à la tête du nouveau CNRS, est l’ami de Jacques Noetzlin, propriétaire du château, qui ne désire pas conserver ce domaine. Tous deux suivent les cours de physique de J. Perrin.

Le 3 juin 1946, le CNRS acquiert le château et son domaine de 67 hectares pour la somme de 12,5 millions de francs de l’époque, plus 1,5 million pour les meubles le garnissant. Il s’engage à conserver le domaine en son état, à garder le personnel travaillant au château jusqu’à l’âge de la retraite.

C’est ainsi que le château de Button devient propriété du CNRS. Un "châtelain" s’en va... les chercheurs arrivent.

Texte tiré du livre "Un patrimoine à protéger : le domaine de Gif"
réalisé par le club CAES Gif-Nature - CNRS


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