Mikou Afaf

Publié le samedi  7 mai 2011
Mis à jour le samedi  10 septembre 2011 à 21h53min
par  Boivin Jean
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Le Prix Purkwa - Grand Prix de l’Académie des sciences - est décerné au titre de l’année 2010 à la chercheuse marocaine Afaf Mikou. Ce prix vient récompenser son travail conduit depuis 2006 pour encourager, en milieu rural, la scolarisation des petites filles marocaines, et sensibiliser les enfants aux problématiques de leur quotidien (eau, hygiène, carences alimentaires).
Dans les régions enclavées du Maroc où le taux d’alphabétisation est très faible, l’abandon scolaire important et le travail précoce très fréquent en particulier pour les filles, Afaf Mikou a ainsi sensibilisé plus de 3000 élèves à cette « Science citoyenne », chère au Professeur Georges Charpak, ancien président du jury du Prix Purkwa.
Le Prix lui sera remis le lundi 9 mai 2011 au cours des « Rencontres du Prix Purkwa » dédiées à l’éducation et aux sciences (voir programme détaillé p.4).
Décerné par l’Académie des sciences, le Prix Purkwa (pourquoi) récompense les personnes qui contribuent à développer l’esprit scientifique et citoyen auprès des enfants dans le monde à travers des méthodes pédagogiques innovantes. Il est soutenu par la Fondation d’Entreprise Casino et par la Fondation de l’Ecole nationale supérieure des Mines de Saint-Etienne.
Développer l’esprit scientifique et citoyen auprès des enfants
Face à la montée des obscurantismes, au discrédit porté à la parole des scientifiques par des groupes de pression, le Prix Purkwa - Grand Prix de l’Académie des sciences - s’attache à promouvoir et développer dans le monde de nouvelles méthodes pédagogiques visant à la diffusion à grande échelle de l’esprit scientifique - l’esprit du doute - auprès des enfants.

Au-delà de l’acquisition de connaissances reposant sur l’apprentissage par l’expérience, ces méthodes visent à développer dès le plus jeune âge le questionnement, l’écoute, le dialogue et le respect de l’autre, qui fondent la démocratie. En offrant aux enfants la possibilité de se construire avec ces valeurs, le Prix Purkwa participe à leur éducation de citoyens.
Afaf Mikou, portrait d’une femme de sciences
Professeur-chercheur à la Faculté des sciences Ain Chock de Casablanca et auteur de deux thèses en sciences physiques, Afaf Mikou a toujours eu à cœur de mettre à la portée de tous les principes qui fondent la connaissance et le savoir. Après une scolarité au Maroc, Afaf Mikou part étudier les Sciences des structures et de la matière à l’Université de Nancy où elle obtient une maîtrise de Chimie Physique et un DEA. Après une première thèse « Détermination par Résonance Magnétique Nucléaire des structures des macromolécules biologiques », elle rejoint en 1990 l’Institut de Chimie des Substances Naturelles à Gif-sur-Yvette, puis le CNRS où elle participe activement aux manifestations destinées à faire découvrir les sciences au grand public (Fête de la Science, portes ouvertes ... ).

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Prix Purkwa 2011

Le Monde.fr, 25 mai 2011

Afaf Mikou, la chercheuse qui amène la mer aux petits Marocains des zones arides

« Quand j’ai commencé à enseigner à l’université Paris-Sud 11 au début de ma carrière, j’ai vu des étudiants arriver par hasard, sans véritable intérêt pour les disciplines scientifiques. Le problème naît à l’école primaire. Les élèves sont souvent dégoûtés par les cours rébarbatifs du maître. C’est pour cela que j’ai décidé de sensibiliser les petits à ces questions », explique Afaf Mikou. Un engagement récompensé par le prix Purkwa 2010 de « l’Académie des sciences pour l’alphabétisation scientifique des enfants de la planète », remis lors du séminaire international La Main à la pâte à la mi-mai, à Paris.

Les clichés, la chercheuse marocaine les atomise d’une voix douce et ferme : « On pourrait imaginer que j’ai vécu des choses difficiles, situation dont je tirerais ma motivation. Ce n’est pas le cas. Cadette dans une famille de la classe moyenne, j’ai eu la chance de suivre une scolarité normale au Maroc jusqu’à mes 17 ans, avant de partir en France. » Etudiante à l’Université de Nancy en chimie physique, auteur d’une thèse, elle intègre l’Institut de chimie des substances naturelles à Gif-sur-Yvette, en région parisienne, et le CNRS. Puis se lance dans un second doctorat. A Casablanca.

La matière dans tous ses états

Professeur à la faculté des sciences Aïn Chock de la ville, Afaf Mikou s’intéresse aux actions du programme La Main à la pâte lancé en 1996 par le Nobel français Georges Charpak pour favoriser l’enseignement expérimental des matières scientifiques à l’école. Et elle s’engage. Avec des armes un peu particulières : fouet, rouleau à pâtisserie et spatule en bois. « J’ai animé des cours de cuisine en 2005 à l’école de Bizet à Casablanca. Le but était d’étudier la matière dans tous ses états, solide, liquide, gazeux, grâce aux étapes des recettes. Quand les élèves ont monté les blancs en neige, ils ont ainsi pu voir que le mélange gonflait. A la fin, ils voulaient tous être cuisiniers ou chimistes », s’amuse cette mère de deux enfants.

En 2006, la chercheuse, qui souhaite intervenir en milieu rural, choisit de travailler avec l’association marocaine « Les rangs d’honneur ». Un à deux samedis par mois, les bénévoles offrent des consultations aux villageois des régions enclavées. Toutes les spécialités sont représentées : médecins généralistes, dentistes, gynécologues, dermatologues, radiologues, urologues, pédiatres prescrivent des médicaments à retirer sur place à la pharmacie. « C’est un dispositif vraiment exceptionnel. Certains patients n’ont jamais été examinés avant ce jour-là. Si un cancer est dépisté, les soins ne sont pas payés par le malade », se félicite la lauréate du prix Purkwa.

Afaf Mikou, elle, s’attaque aux racines des maladies les plus répandues dans les zones rurales : l’utilisation d’une eau non potable et une carence en iode à l’origine du crétinisme ou d’hyperthyroïdie. Elle dirige des ateliers pour les enfants de 6 à 13 ans. Une façon de toucher également les parents, attentifs aux récits de leur progéniture. Difficile, cependant, de convaincre un public peu habitué aux démonstrations scientifiques. Pour attirer les sceptiques, animations et mises en scène ouvrent chaque séance.

Comme celle destinée à montrer l’importance du sel commercial pour pallier les déficiences en iode. La chercheuse raconte : « On leur a apporté la mer chez eux, dans les terres arides : on a mis une bande sonore, amené des paquets de sable et fait goûter aux petits l’eau salée. Une fois leur curiosité éveillée, il est plus facile de changer leurs croyances et leurs habitudes de consommation. Leur faire comprendre que les goitres de leur frère ou sœur ne sont pas une parure mais une déformation. » Face à eux, trois variétés : du sel commercial, marin et le sel gemme, naturellement présent dans les territoires montagneux et employé par les populations. Après coloration à l’iode, ils découvrent que seul le premier en contient suffisamment. « On leur demande donc d’acheter chez l’épicier quelque chose qu’ils ont gratuitement à portée. Un dirham est déjà une somme considérable. »

Développer l’esprit scientifique des filles

Les filles sont particulièrement visées. « Encourager le développement d’un esprit scientifique leur permet de sortir de l’illettrisme car elles veulent faire des études. Et, concrètement, ce sont elles, futures mamans, qui cuisineront pour la famille ; elles qui, enfants, vont puiser dans le puits. L’eau est d’ailleurs au centre du second atelier. » Au départ, à l’état naturel, un peu brunâtre. Filtrée grâce à une petite station d’épuration fabriquée lors de la séance, elle devient claire. Les enfants l’observent ensuite au microscope. « Et là, stupeur générale, de nombreuses bactéries demeurent. De cette manière, ils apprennent qu’une eau limpide n’est pas toujours potable et ils comprennent la nécessité d’y ajouter une pastille de chlore », précise la scientifique.

A seulement 46 ans, la chercheuse pense déjà à assurer la pérennité de ces sessions organisées dans le cadre du projet de culture scientifique et technique financé par un établissement public français, l’Institut de recherche pour le développement (IRD). En avril, elle a formé les étudiants d’une école d’ingénieurs pour leur apprendre à monter un atelier sur l’énergie renouvelable. Et d’anticiper : « Déjà 10 000 enfants touchés, autant de parents à travers eux. La demande est croissante. Je ne peux pas faire toutes les sorties. Au tour des jeunes de se mobiliser ! »

Kathleen Plaisantin


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mardi 24 mai 2016

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